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La Commune (Paris,1871) (2000) |
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Réalisateur : Peter
Watkins Fiche technique: ici CASTING
SYNOPSIS La
Commune est une expérience cinématographique unique, qui aborde un
événement historique par le biais d’un processus démocratique visant une
double interaction : celle de l’histoire passée avec l’histoire
contemporaine, et celle du film avec le spectateur. Le film devient donc un
espace de parole publique, une incitation à la réflexion sociale et
politique. Concrètement, comment Peter Watkins a-t-il abordé
l’insurrection populaire parisienne de 1871 ? La Commune n’est pas un « film-résultat »,
c’est-à-dire un produit fini, dont le propos serait clairement circonscrit par une narration et une durée. Il s’agit plutôt d’un «
film-processus », qui prend la forme
d’un flux de parole, dont la durée s’étend bien au-delà des
formats traditionnels. Le processus commence avant le tournage, par l’implication de quelques 200 comédiens non professionnels. Informés et documentés, ils ont été
encouragés à investir le
film de leur propre réflexion
sur les événements de 1871 et tout ce qu’ils remettaient
en cause, en cherchant des parallèles avec leur propre vie et avec la situation sociale
actuelle. On est loin de l’acteur-personnage au rôle pré-écrit et aux dialogues sur-mesure.
On est loin du figurant-marionnette,
utilisé comme simple
silhouette pour les effets de foule. Certes, chacun
endosse un rôle, mais ce rôle
se rattache au statut actuel de celui qui le défend : intermittent du spectacle, chômeur,
sans-papiers, simple citoyen... Autre
caractéristique, La Commune ne
cherche jamais à faire oublier
ce qu’il est : un film, c’est-à-dire un
MMAV (Mass Media Audiovisuel), pour employer la terminologie utilisée par
Watkins. D’où le choix de jouer
d’emblée le jeu de la vérité
en ouvrant le film sur la
visite des studios tels qu’ils ont été
laissés au dernier jour du tournage. La reconstitution historique est
pleinement assumée comme telle. Puis, c’est au tour du duo conducteur de se
présenter : deux comédiens (Aurélia Petit et Gérard Watkins) qui interprètent
des journalistes d’une imaginaire « télévision communale », couvrant
l’insurrection aux côtés du peuple (les plans-séquences
caméra à l’épaule accentuent l’effet de proximité). L’anachronisme ne pose
ici aucun problème de crédibilité, puisque le spectateur est immédiatement en
possession des règles du jeu. Il a donc toutes les cartes en mains (celles de
la liberté critique), et sait qu’il doit regarder le film de façon active,
qu’il doit le voir et le penser en même temps (tout comme les acteurs le
jouent et l’écrivent simultanément). Mais la pensée chez Watkins n’est jamais
abstraite : elle travaille sur le concret, et c’est pourquoi La
Commune s’impose comme une expérience de cinéma véritablement
grisante. |