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Tabous (2003) |
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Réalisateur : Mitra Farahani Fiche technique: ici CASTING
SYNOPSIS Tenter de saisir la façon dont, au sein de la société
iranienne, un pouvoir, indistinctement politique et religieux, s'érige en
censeur absolu de la sexualité et de l'amour tout en montrant comment se
construisent inévitablement une multitude de lignes de fuites cherchant à se
défaire de ce monolithisme social, pour vivre ne fusse qu'un bricolage de vie
amoureuse. Tel est l'ambitieux projet dans lequel s'est plongée M. Farahani,
avec son jeune et talentueux regard à la fois d'artiste et de documentariste.
Pour ce faire, Tabous alterne un nombre restreint mais significatif
d'interviews d'adeptes du conservatisme (tous plus nostalgiques les uns que
les autres d'une moralité en voie de déliquescence) avec celles de quelques
représentants d'une génération post-révolutionnaire, aspirant à un autre
monde où le banc public redeviendrait synonyme d'incitation aux embrassades
passionnées. Farahani nous fait ainsi découvrir un Iran plongé dans le
paradoxe, l'hypocrisie sexuelle, et surtout en proie à la fureur d'une jeunesse
tout ce qu'il y a de plus moderniste. Cette partie documentaire, qui tire
toute sa force de son déni de tout sensationnalisme, est enrichie par
l'adaptation sous forme de fiction onirique d'un poème érotique persan du
XIXe siècle. En scandant les différentes interviews, cette fiction donne à
voir un troisième visage de l'Iran, empreint de sensualité, et où les corps
n'ont pas à répondre de leurs errements. D'abord perplexe devant la naïveté
patente et revendiquée de la mise en scène, on tombe ensuite très vite sous
le charme de cette fiction et de sa photo hypnotique, faisant tous les
honneurs à Coralie Revel, que l'on avait pu récemment découvrir dans le
souvent surestimé Choses secrètes de Jean-Claude Brisseau. Objet hybride,
donc, Tabous nous offre une vision plurielle de l'Iran, que l'on pressent
très juste car proche de sa complexité sociologique. Et la subtilité de cette
composition à plusieurs niveaux, mêlant onirisme et documentaire, évite au
film de tomber dans le piège du didactisme dans lequel sombre trop souvent le
genre périlleux du docu-fiction. Bref, Tabous est une réussite, et ce, tant
grâce à la maîtrise de sa mise en scène que grâce à son propos, tellement
éloigné de nos préjugés occidentaux sur ce qu'est une société islamique. |